Étrange mal dans un village du Kazakhstan

Désormais mieux connu sous le nom de « Sleepy Hollow », Le village de Kalachi, situé à environ 400 kilomètres au nord-ouest de la capitale du Kazakhstan, est atteint d’un étrange mal qui frappe ses habitants.

En effet, depuis 2010, une centaine de personnes (sur près de 600 résidents) ont subi de mystérieuses pertes de connaissance avant de se réveiller, deux à six jours plus tard, dans un lit d’hôpital. Un phénomène survenant par intermittence et qui d’après le Siberian Times, semblerait s’être intensifié depuis mars 2013.

« J’étais en train de traire mes vaches comme d’habitude, tôt le matin, et je me suis endormie », rapporte Marina Felk, une agricultrice de 50 ans relayée par le journal Le Monde. « Je ne me rappelle de rien. Quand je suis revenue à moi, j’étais dans une chambre d’hôpital et des infirmières me souriaient. Elles m’ont dit : “Bienvenue Belle au bois dormant, tu te réveilles enfin” ». L’agricultrice venait de passer deux jours et deux nuits plongée dans un « profond sommeil ».

Plus inquiétant encore, les personnes âgées et les enfants victimes de cette épidémie sont quant à eux en proie à des phénomènes hallucinatoires. C’est pour cette raison que Vera Kolesnichenko, 31 ans, à quitter son village après que sa fille de 4 ans ait commencé à présenter ce type de troubles. « Elle me regardait en pleurant : ‘Maman, tu as trois yeux !’, et puis elle regardait par-dessus mon épaule et disait : ‘Il y a quelque chose qui rampe sur le radiateur’. », raconte la jeune mère.

Après que l’hypothèse d’effets engendrés par une vodka frelatée ait été réfutée, ces étranges symptômes ont poussé un grand nombre de scientifiques à se pencher sur les origines de cette « pathologie ». Si les nombreuses analyses environnementales et biologiques n’ont pour l’instant pas permis d’éclaircir le mystère, le regard de certains experts s’est néanmoins tourné sur la ville abandonnée de Krasnogorsk, qui est située juste à côté de Kalachi.

Pourquoi cette ville suscite-t-elle autant d’intérêt ? À l’époque de l’Union soviétique, et jusqu’en 1991, les 6500 habitants de Krasnogorsk travaillaient dans le secret le plus total à l’extraction d’uranium. Or, pour le professeur Leonid Rikhanov, de l’université de Tomsk (Russie), ce serait justement le radon contenu dans ce minerai qui serait la cause de l’épidémie. « Nous avons étudié des échantillons envoyés par des habitants de Kalachi. Il n’y a pas d’effet radioactif, mais une simple réaction chimique. En d’autres termes, les troubles sont causés par l’évaporation du gaz contenu dans la mine », explique-t-il.

Pour autant, cette théorie est loin de faire l’unanimité, puisque les effets du radon ne semblent pas être suffisamment puissants pour expliquer ce qui se passe dans le village de Kalachi. « Quand on utilise des gaz proches du radon sur des patients, ils se réveillent au maximum une heure après l’opération. Là, on est face à des gens qui dorment entre deux et six jours. Quelle est donc la concentration de ce gaz ? Et pourquoi, tandis que quelqu’un s’endort, une autre personne qui partage le même toit n’est-elle pas affectée ? », déclare ainsi l’anesthésiste Kabdrashit Almagambetov. Des propos corroborés par le témoignage d’un ancien mineur de Krasgornok donné au Siberian Times : « Quand nous descendions dans la mine, la concentration en radon était très élevée et personne ne s’endormait ».

Le directeur du Centre national de sécurité nucléaire, Sergei Lukashenko, réfute lui aussi l’hypothèse selon laquelle ce gaz serait en cause : « Cela n’a rien à voir avec le radon. La seule chose suspecte que nous pouvons signaler, ce sont les concentrations en monoxyde de carbone. Mais sans certitude qu’il s’agisse du facteur principal. ».

Si d’autres explications ont été avancées, comme l’implication d’un facteur toxique ou psychologique, aucune ne fait pour le moment l’objet d’un consensus. Face à cette incertitude, près de 25 familles ont d’ores et déjà quitté la ville. Concernant les autres habitants, les autorités envisagent de reloger les familles avec enfants dès le mois de mai. Une décision qui est loin de convenir à tout le monde puisque seulement 58 % des habitants ont déclaré être prêts à déménager, selon une enquête réalisée par Interfax.




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