Elise Lucet: « Les lobbys industriels font tout pour restreindre au maximum l’investigation économique»

Elle est ravie que l’opinion publique soutienne sa démarche. La pétition lancée sur Change.org par Elise Lucet et soutenue par le collectif de journalistes Informer n’est pas un délit est en passe d’atteindre les 300.000 signatures ce lundi. Un beau succès à la veille de l’examen par la commission juridique au Parlement européenne d’une directive concernant la « Protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites ». Mais Elise Lucet reste plus que jamais sur le qui-vive, d’autant plus que les journalistes des autres pays européens ne se sont pas encore vraiment manifestés.
« Seulement des énormes groupes ont été entendus »
Au cœur de l’inquiétude des journalistes, cette notion de « secret des affaires ». Le texte prévoirait en effet de sanctionner lourdement ceux qui l’enfreindraient. Pour la présentatrice du JT de 13h sur France 2 et rédactrice en chef de l’émission d’enquêtes Cash Investigation, cette directive menace clairement le droit d’informer :

« C’est normal que les entreprises veuillent cacher leurs secrets industriels, explique-t-elle lors d’une conférence de presse à Paris ce lundi après-midi. On nous dit que c’est pour protéger les petites et moyennes entreprises. Mais à Bruxelles, ce sont seulement des énormes groupes qui ont été entendus, comme Air Liquide ou Dassault. Ces lobbys font tout pour restreindre au maximum l’investigation économique. »

Le risque de voir les sources se taire

Les sanctions financières prévues par la directive vont en effet peser sur les lanceurs d’alerte et les sources des journalistes, selon elle : « C’est totalement dissuasif pour les gens qui, choqués par les pratiques de leur propre entreprise, vont pouvoir à un moment travailler avec des journalistes en leur révélant des documents secrets. » Elise Lucet craint aussi un risque d’ « autocensure » de la part de médias ou de sociétés de production qui éviteront de diffuser certains sujets. Elle assure qu’il ne s’agit pas d’ « une défense corporatiste du métier de journaliste », mais celle du droit d’informer, rappelant que « l’affaire Mediator quand elle a été révélée a quand même empêché des morts supplémentaires ».

« Si la directive passe, tous les Etats membres vont devoir transposer dans leurs textes nationaux. Cela veut dire que le combat sur l’amendement dans la loi Macron n’aura servi à rien », remarque Virgine Marquet, avocate du collectif Informer n’est pas un délit. En effet, en début d’année, un amendement contenu dans la loi Macron avait tenté de faire passer subrepticement la notion de secret des affaires. Il prévoyait de punir quiconque prend connaissance, révèle sans autorisation ou détourne toute information protégée à ce titre d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende. L’amendement polémique avait finalement été retiré en février dernier, après que plusieurs médias sont montés au créneau.

Préjudice commercial contre droit de la presse

« Si le secret des affaires devient un principe, alors le droit à l’information devient une exception et c’est au journaliste de démontrer que ses informations sont d’intérêt général, pointe Virgine Marquet. Il y a donc un renversement de la charge de la preuve. On introduit le préjudice commercial dans le droit de la presse… » Elise Lucet soupire : « Il fallait qu’une entreprise prouve qu’on avait causé des dommages et intérêts pour nous faire condamner et maintenant ça va être l’inverse. »

Source: 20minutes.fr

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