Tabac chauffé : la nouvelle arme des cigarettiers

Après deux défaites sur le paquet neutre et l’augmentation du prix du tabac, l’industrie de la cigarette tente de contrer le recul des ventes. Les cigarettiers développent un nouveau produit, le tabac chauffé, présenté comme potentiellement beaucoup moins dangereux que la cigarette. Mais les pneumologues n’y croient pas.

L’industrie du tabac n’est jamais à court d’idées. Après avoir milité en vain contre la mise en place du paquet neutre ou l’augmentation du prix du tabac, les fabriquants de cigarettes misent sur un nouveau produit pour pallier le recul des ventes : le tabac chauffé. Mais ces nouvelles “cigarettes sans fumée” sont elles vraiment moins dangereuses, ou sont-elles un moyen pour les industriels du tabac de se “racheter une virginité” ?

Après une première tentative en 2015, avec la Ploom de Japan American Tobacco, c’est Philip Morris qui a annoncé à son tour, en 2017, l’iQos. Malgré leur forme semblable à celle des cigarettes électroniques, ces produits ne rejettent pas de vapeur aromatisée et nicotinée. À l’intérieur, le tabac est chauffé à environ 300 degrés, contre 900 à 1.000 degrés pour une cigarette classique. L’utilisateur peut ainsi prendre 6 à 8 bouffées en quelques minutes. 

Le site de Philippe Morris International (PMI), qui possède 6 des 15 marques de cigarettes les plus vendues au monde, dont le numéro 1 Marlboro, annonce tout simplement un “futur sans fumée”, et dit avoir déjà converti 3,7 millions de fumeurs en utilisateurs de “cigarettes sans fumée”. “Notre but est de remplacer les cigarettes par des produits sans fumée”, affirme le géant du tabac.

Celà revient à dire que se tirer dessus avec un pistolet, c’est moins dangereux que se tirer dessus avec une kalachnikov Bertrand Dautzenberg, pneumologue

“Produit sans fumée” : l’expression est de Philip Morris, mais est-elle vraie ? Pour plusieurs pneumologues impliqués dans la lutte anti-tabac, les produits qui utlisent du tabac chauffé génèrent de la fumée. “Le débat, c’est de savoir si le tabac est brûlé ou pas, car ça change tout sur le plan réglementaire. Moi, je dis que ça brule. Eux non”, explique Bertrand Dautzenberg, pneumologue à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière.

Pour de nombreux pneumologues, il n’existe aucune preuve que ce tabac “moins dangereux” tue moins. Et pour cause : selon eux, du tabac qui chauffe à 300 degrés, cela reste une combustion partielle qui rejette du monoxyde de carbone. “S’il est moins irritant, l’utilisateur peut l’aspirer plus profondément, car de toute manière il veut sa dose”, argue Bertrand Dautzenberg.

Alors, fumée ou pas fumée ? Ce sera aux députés et sénateurs de trancher, explique le médecin : “Si le Parlement classe ce produit dans le tabac fumé, il sera taxé comme les cigarettes et il sera interdit d’affirmer qu’il est moins dangereux qu’un autre produit du tabac.”

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