Pauvreté en France : Le secours catholique bouscule les préjugés sur les «feignants»

Des pauvres qui se la couleraient douce plutôt que de travailler : aux préjugés, le secours catholique oppose les données de son dernier rapport, qui rendent compte des conditions réelles de vie des 1,5 millions de Français les plus pauvres.

Intitulé, Etat de la pauvreté en France, Préjugés et cohésion sociale, et publié avec le soutien de la Fondation crédit coopératif, le rapport statistique 2017 du Secours catholique, Caritas France vient de paraître. En huit chapitres et 80 pages il s’attaque, chiffres à l’appui, à divers préjugés répandus sur la pauvreté.

Accusés de «profiter du système» selon une expression dénoncée dans le rapport, 31% de ménages français ou étrangers éligibles aux allocations familiales n’en touchent pas. Il y a également 40% de non-recours au Revenu de solidarité active (RSA).

5,3 milliards d’euros non versés à des ayants-droit au RSA

L’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) établit, pour le seul RSA, à 5,3 milliards d’euros non versés à des ayants droit l’économie pour les comptes publics des départements et de l’Etat qui comble les trous en finançant ce que l’administration appelle le «chapeau». Et pourtant, les départements, essentiellement dotés maintenant de compétences sociales, sont parfois à la limite de l’étranglement. Depuis 2008 le coût global dont ils supportent jusqu’ici le «socle» de la charge, selon l’expression en langue administrative a augmenté de 35%.

La France s’est engagée à respecter l’Agenda 2030 adopté à l’ONU en 2015, décrit officiellement comme «un ensemble d’objectifs de développement durable pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous». Or, depuis la crise financière de 2008, les chiffres de l’exclusion se sont envolés pour atteindre aujourd’hui, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), neuf millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

Le seuil de pauvreté est fixé en France, en 2017, à 1015 euros mensuels, après impôts et prestations sociales. Il correspond à une somme à mi-hauteur, sur l’échelle des revenus, entre les 50% de personnes qui gagnent plus et les 50% qui gagnent moins.

Mais attention, cela est loin de signifier que les neuf millions de personnes les plus pauvres disposent de 1 014 euros par mois. Selon le rapport de l’association caritative crée en 1946, le revenu mensuel moyen des un million et demi de personnes qu’il a accueillies en 2016 était de 548 euros. Et il n’a augmenté que de 3 euros au cours des six dernières années, tandis que le coût de la vie a connu une augmentation constante et bien plus importante, notamment pour le logement et l’énergie. Cela ressemble à un lieu commun, mais c’est un fait que souligne le rapport : la frange la plus démunie de la population française est de plus en plus pauvre.

La précarité du travail, grande responsable d’un doublement du nombre de seniors pauvres

Parmi le million et demi de personnes accueillies en 2016, dont près de 700 000 enfants, le secours catholique note aussi une augmentation significative du nombre des seniors. La part des adultes âgés de plus de 60 ans a presque doublé, passant de 5% en 2000 à près de 10% en 2016. Un phénomène lié à la précarisation des emplois qui ne donne aucun signe d’inversion.

Pour l’historienne de la pauvreté, Axelle Brodiez, citée dans l’édition du 9 novembre de l’Humanité : «Les gens se retrouvent au chômage en fin de carrière, mis en retraite anticipée ou licenciés à 50 ans. Il leur est souvent impossible de retrouver du travail […] Arrivée l’heure de la retraite, les revenus sont très faibles.»

L’aide alimentaire concerne aujourd’hui près de cinq millions de personnes

Le rapport aborde aussi le problème de la faim, étudié sous l’appellation technique d’«insécurité alimentaire». Il reconnaît qu’elle est «difficile à évaluer et à chiffrer». En revanche, il précise qu’en France l’aide alimentaire concernait, en 2015, plus de 4,8 millions de personnes, contre 2,8 millions en 2008. Il ajoute que, dès 2011, plus des 50% de ses bénéficiaires étaient dans le circuit depuis déjà deux ans. Une situation qui, pour les auteurs du rapport «tend à devenir structurelle et risque de s’installer durablement dans le paysage socio-économique français».

Mais, en plus des résultats obtenus à partir de 85 165 fiches statistiques renseignées en France et analysées, l’édition 2017 de l’étude du Secours catholique qui fait des préjugés contre les exclus son fil rouge, présente de nombreux témoignages. Réunis à l’automne 2016, dans L’Apostrophe, la revue de l’association, ils fusent à l’encontre de l’idée selon laquelle la plupart des personnes en situation de précarité se tournent les pouces et s’accommodent de vivre des fruits de la solidarité.

Ainsi une personne secourue déclare : «Le problème, c’est que les gens font des généralités à partir de cas particuliers : une personne au chômage pourrait se secouer les puces pour trouver du boulot devient “tous les chômeurs sont des fainéants”.» Si un autre reconnaît : «De fait, il y a des personnes qui pourraient se relever les manches et faire autre chose que la queue dans les files d’attente des associations», il ajoute : «C’est une minorité, mais cela existe, même si ce serait abuser que de parler de profiteurs du système, parce qu’on ne fait que survivre dans ces conditions.»

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