Ivre sans boire d'alcool

Le témoignage d’un Britannique qui était régulièrement saoul alors qu’il n’avait rien bu a jeté la lumière sur le syndrome d’auto-brasserie.

Ivre à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, sans avoir bu une goutte d’alcool, c’est l’étonnante histoire du Britannique Nick Hess, qui a été racontée lundi sur le site de la BBC.

«Pendant plus d’un an, je me suis réveillé toutes les nuits pour aller vomir, se souvient-il. L’effet pouvait durer des jours entiers, mais parfois ça m’arrivait d’un coup: paf, et j’étais bourré!»

Si le sujet paraît comique, il n’a pas fait rire Karon, la femme de Nick, qui l’a soupçonné d’être alcoolique pendant plusieurs mois. Le couple sait désormais que l’ivresse chronique de Nick avait une origine biologique, une maladie rare appelée syndrome d’auto-brasserie, qui a pu être traité.
Les intestins de Nick contenaient un taux incroyable d’une levure spéciale, capable de transformer les sucres comme l’amidon contenu dans le riz, les pâtes ou encore les pommes de terre, en alcool. Un désordre intestinal à haut risque au pays des «Fish and Chips». La levure à l’origine du syndrome d’auto-brasserie, très commune, est la Saccharomyces cerevisiae.

Elle est présente dans les féculents et les boissons alcoolisées, et est utilisée depuis l’Antiquité pour la fermentation. Normalement, ce type de levure est éliminé par le foie et les voies digestives, mais quand la flore intestinale des intestins est trop endommagée, comme après une prise importante d’antibiotiques, les levures peuvent s’y multiplier. Elles transforment ensuite les sucres en éthanol pour produire l’énergie nécessaire à leur survie, augmentant par la même occasion chez leur hôte le taux d’alcoolémie.

Après plusieurs années de tests médicaux divers sans trouver l’origine de ce calvaire, Nick et Karon découvrent une étude publiée en 2013 dansl’International Journal of Clinical Medecine, traitant d’un cas d’auto-brasserie. Ils contactent l’auteur, le Dr Barbara Cordell, ainsi que le Docteur Anup Kanodia qui travaille aussi sur le syndrome. Ce dernier examine la flore intestinale de Nick.

«Il avait 5 fois plus de levures qu’un sujet normal, précise-t-il à la BBC. C’est la plus grande quantité que j’ai jamais observée chez un individu, dans toute ma carrière».

Avec un traitement antifongique et un régime adapté pauvre en glucides, les symptômes de Nick ont pratiquement disparu.

«J’ai encore un ou deux épisodes par mois, mais ce n’est rien par rapport à avant, confie-t-il. Je dois beaucoup à ma femme, car elle a continué de chercher une réponse alors que j’étais prêt à abandonner».

Le syndrome d’auto brasserie a été décrit pour la première fois en 1976 dans une étude japonaise. Les patients observés à l’époque souffraient d’une prolifération de levures intestinales, et possédaient une enzyme du foie anormale qui ne dégrade pas l’alcool produit. Les recherches ont ensuite fait un bond en avant avec la publication de Barbara Cordell en 2013. La chercheuse y relate l’histoire d’un sexagénaire texan, arrêté pour conduite en état d’ivresse avec un taux de 4 g par litre de sang alors qu’il jurait ne pas avoir bu. Une expérience fut réalisée en hôpital sous la surveillance de médecins, sans boissons alcoolisées, le patient possédait un taux d’alcoolémie de 2 g par litre de sang quelques heures après un repas riche en glucide.

Depuis l’histoire de Nick Hess, plus de 50 personnes ont déclaré au Dr Cordell souffrir d’auto-fermentation. Ce syndrome est parfois utilisé comme argument pour contester une conduite en état d’ivresse, ce qui pousse certains experts, comme le toxicologue judiciaire Wayne Jones, à rester prudents. «J’ai besoin d’informations plus détaillées avant d’accepter les conclusions de ces études comme des preuves», explique-il à la BBC. Si le docteur Cordell admet que les recherches doivent se poursuivre, elle espère que dorénavant, les souffrants d’auto-brasserie ne seront plus systématiquement classés comme des alcooliques par leur médecin et leurs amis.

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