Et si les pieuvres venaient de l’espace…

Un article scientifique très sérieux postule que le mollusque est arrivé sur Terre grâce à une comète ou un astéroïde.

Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? La théorie scientifique dominante veut que les premières cellules soient apparues sur notre planète dans une « soupe primitive » faite de molécules organiques, sous l’assaut de phénomènes physiques et chimiques. Bien qu’enseignée dans les manuels de biologie, cette théorie de l’abiogenèse ne convainc pas tout le monde.

Depuis les années 1960, une hypothèse concurrente postule que la poussière interstellaire porte en elle des germes de vie. L’un des fondateurs de cette théorie, dite de la panspermie, a publié en mars dernier un article scientifique avec 32 autres chercheurs pour défendre l’origine extraterrestre de la vie sur notre planète. En conviant à cette dispute la pieuvre, animal qui hériterait, selon eux, au moins une partie de son génome de l’espace !

Un animal sidérant

Si Chandra Wickramasinghe et ses collègues se sont penchés sur le poulpe, c’est que ce mollusque, remarquablement intelligent et complexe, semble avoir fait un bond dans l’arbre de l’évolution. Et de comparer l’animal avec ses plus lointains ancêtres céphalopodes apparus il y a 500 millions d’années.

« Son cerveau volumineux et son système nerveux sophistiqué, ses yeux semblables à des caméras, ses tissus flexibles, son camouflage instantané grâce à la possibilité de changer de couleur et de forme sont quelques-unes des caractéristiques frappantes qui apparaissent soudainement sur la scène évolutive », explique l’article paru dans la revue « Progress in Biophysics and Molecular Biology ».

La science peinerait à trouver les gènes nécessaires à ces qualités physiques chez les cousins de la pieuvre apparus plus tôt, du nautile au calamar, en passant par la seiche. A moins d’être empruntés au futur, ils pourraient venir du cosmos, avancent les scientifiques.

Des œufs « cryopréservés » !

Paul le poulpe, un alien ? En appui de leur démonstration, les chercheurs notent que chez la pieuvre, l’ARN messager, cette réplique d’ADN qui permet la synthèse de protéines, est doté de propriétés qu’on ne retrouve ni chez le nautile, l’un de ses plus proches parents, ni chez tout autre forme animale, vertébrée ou invertébrée, sur Terre (ou dans des proportions négligeables).

L’équipe de Chandra Wickramasinghe formule alors des hypothèses à peine croyables. Elle suggère d’abord que des rétrovirus venus au moyen de comètes ou d’astéroïdes aient pu insérer des gènes extraterrestres dans le génome des pieuvres. Mais ces chercheurs renommés imaginent également que ces bolides de l’espace aient pu directement faire échouer sur Terre des œufs de poulpes « cryopréservés », autrement dit maintenus intacts grâce à la glace !

Une piste à « ne pas écarter » pour expliquer « l’émergence soudaine de la pieuvre sur Terre », il y a environ 270 millions d’années. Tout au long de leur article, les biologistes reconnaissent qu’il convient, pour admettre cette idée, de remettre en cause le paradigme dominant en vigueur.

De nouvelles preuves attendues

Un pas que ne franchit pas Karin Moelling, virologiste réputée de l’Institut Max Planck de Berlin, dans la même revue : « Cet article est utile, il réclame de l’attention », concède-t-elle, « mais la déclaration principale sur les virus, les microbes et même les animaux venant de l’espace ne peut être prise au sérieux », balaie-t-elle.

« Le « mantra » habituel selon lequel « d’autres recherches sont nécessaires » s’applique encore plus que d’habitude », tempère de son côté le biologiste britannique Denis Noble dans la même publication. Quant aux auteurs de l’article, ils réclament eux-mêmes de nouvelles preuves.

La théorie controversée était déjà tombée du ciel il y a deux ans, mais à la faveur d’une méprise. En août 2015, un article paru dans la revue « Nature » décrivait pour la première fois le séquençage du génome du poulpe pour conclure qu’il s’agissait d’une espèce unique en son genre. Dans le communiqué de presse annonçant ces travaux, Clifton Ragsdale, professeur de neurobiologie à l’université de Chicago, avait tenté ce bon mot : « Feu le biologiste britannique Martin Wells disait que le poulpe était un alien. En ce sens, notre article décrit le premier génome séquencé d’un alien. » Comme l’a démontré le site de fact-checking Snopes, il n’en fallait pas plus pour que la blague devienne sur Internet une information certifiée. L’avenir dira peut-être si Martin Wells, décédé en 2009, avait vu juste.

Source: leparisien

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