Face à face tendu entre la magistrate et l’ex-patron des stups

Procureur adjointe à Paris, Véronique Degermann a été confrontée à l’ancien patron de l’office des stups François Thierry placé comme elle en garde à vue ce mercredi. Explosif.

C’est toute la doctrine française de lutte contre le trafic international de stupéfiants qui vacille sur ses bases. Comme nous le révélions mardi, l’un des plus hauts représentants du parquet de Paris, Véronique Degermann, 58 ans, procureur adjointe, a été placée ce mardi en garde à vue dans les locaux de la police des polices à Paris.

La mesure a été levée mercredi soir sans qu’aucune charge soit retenue contre elle. Les juges d’instruction lyonnais, en charge de cette enquête ouverte pour « faux et usage en écriture publique », « infraction à la législation sur les stupéfiants » et « association de malfaiteurs », ont la possibilité de la convoquer ultérieurement. Joint ce mercredi soir, son avocat, Me Jean Veil, a refusé de s’exprimer.

L’une des collègues, Karine Roussy-Sabourin, a également été interrogée sous le même régime mais plus brièvement. Cette ancienne magistrate du parquet de Paris a été remise en liberté dès mardi soir. Parallèlement, deux policiers ont eux aussi été interrogés : l’ancien patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) François Thierry et l’ex officier de liaison à Malaga. Leurs gardes à vue devaient être levées dans la soirée.

« Il résulte de l’enquête qu’elle a été totalement abusée par François Thierry »

Cette bombe judiciaire a été amorcée il y a trois ans avec la découverte de 7 t de cannabis en plein Paris. En octobre 2015, les douanes dévoilent ainsi les activités d’un trafiquant, Sophiane Hambli, et le rôle de son agent traitant, qui n’est autre que le commissaire François Thierry. L’enquête a, depuis, démontré les dysfonctionnements des livraisons « surveillées » de drogue gérées par son service, des tonnes de marchandise étant « perdues » en route. Dans un autre volet, l’ex-grand flic a d’ailleurs été mis en examen pour complicité de trafic de stupéfiants, des soupçons qu’il conteste.

Jusqu’à présent, seuls les enquêteurs avaient été inquiétés. Mais, depuis plusieurs mois, les juges demandent des explications aux magistrats du parquet de Paris et multiplient les actes d’enquête : déplacement au ministère de la Justice, perquisition au palais de justice…

Au cœur de la série d’auditions de cette semaine qui s’est déroulée dans un climat de forte tension, sous le contrôle des juges qui intervenaient en visioconférence, une affaire d’importation de cannabis depuis le Maroc via Estepona, dans le sud de l’Espagne. En avril 2012, l’indic de François Thierry est extrait de sa cellule et conduit dans un hôtel de Nanterre (Hauts-de-Seine). Le temps pour lui d’organiser une transaction avec ses fournisseurs marocains.

Les policiers sollicitent Karine Roussy-Sabourin, alors en poste à la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris, pour fournir l’habillage juridique nécessaire à cette fausse garde à vue. « Il résulte de l’enquête qu’elle a été totalement abusée par François Thierry dont la demande avait l’aspect de la légalité, explique son avocat, Me Frédéric Monneret. Elle n’était pas au parfum de l’opération d’importation qui se jouait dans son dos. Et à mille lieues de penser que la garde à vue se déroulait à l’hôtel. »

C’est pour éclaircir cet épisode crucial que les enquêteurs de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont confronté François Thierry et Véronique Degermann mercredi matin.

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